Le Planning Familial soutient l'association Lallab, reniant son histoire et ses valeurs


       Dans les années 1960 et 1970, le Planning familial était en première ligne face au patriarcat et à l'intégrisme catholique. Les militantes de l'époque étaient conscientes du danger pour les femmes d'inclure la religion comme argument de régulation des rapports entre les sexes.

En 2004, le Planning Familial avait été un partenaire indéfectible du mouvement Ni Putes Ni Soumises (NPNS). Un mouvement féministe qui lutte contre l'intégrisme musulman dont le voile est le symbole. Toute la sphère des Frères musulmans et des salafistes attaquait sans relâche cette association, Tariq Ramadan en tête.
Les liens entre NPNS et le Planning Familial étaient si forts que pour la manifestation de la journée internationale des droits des femmes de mars 2004, en plein débat sur les signes religieux à l'école, les deux mouvements manifestèrent ensemble, pour se séparer du cortège principal qui intégrait des associations religieuses pro-voile.
A la tête du comité NPNS de Grenoble, j'avais eu plusieurs fois l'occasion d'intervenir à cette époque dans des débats publics en binôme avec une représentante du Planning Familial.

Mais ça, c'était avant…

Aujourd'hui, le Planning Familial soutient une association qui s'inspire d'une idéologie sexiste et totalitaire, l'islamisme, que le mouvement a toujours combattue. Ce mouvement, qui a lutté contre tous ceux qui prônaient le voile à l'école, soutient à présent une association qui défend le voilement des enfants. Car Lallab se bat avec tous les islamistes pour la suppression de la loi de 2004 sur les signes religieux à l'école.

Depuis quelques années, le mouvement vit une lente évolution de l'universalisme vers le relativisme. Une lutte interne existe au sein du Planning opposant, pour faire simple, l'ancienne et la nouvelle génération des militantes. Si les anciennes sont conscientes du danger de l'alliance avec des religieux, quelle que soit la religion, les jeunes y voient une forme d'intolérance, mais uniquement envers l'islam. Elles sont bercées par la stratégie des Frères musulmans qui consiste à récupérer nos termes et valeurs pour les retourner contre le féminisme. Lallab est l'association intégriste qui a réussi à perfectionner cette stratégie à l'extrême. Le sexisme du voile est aujourd'hui perçu comme un symbole féministe par certain(e)s, grâce au prosélytisme des émules de Tariq Ramadan.

Les discours des Frères musulmans sont si efficaces que des militantes du Planning en sont venues à avancer les mêmes arguments que les intégristes. La comparaison idiote voile/mini-jupe, par exemple, marche très bien. Autre exemple : une militante, pour justifier son relativisme, m'avait un jour brandi comme argument que son aïeule portait un voile en Italie dans les années 1930. Le même argument qu'Edwy Plenel lorsqu'il avait diffusé une photo du début du XXe siècle montrant des femmes habillées à la plage pour justifier son relativisme à propos du burkini au XXIe siècle. Ces militantes n'avancent plus l'idée de progrès des consciences pour faire progresser l'égalité des sexes comme leurs ainées des années 1960 et 1970 face au conservatisme catholique. Aujourd'hui, elles avancent l'idée du voyage vers le passé, d'un retour en arrière, une époque patriarcale où le droit à l'IVG n'existait pas, où les femmes n'existaient que pour leur rôle de mère et d'épouse, où elles n'avaient pas le droit de vote ni même le droit d'avoir un compte en banque. Voilà aujourd'hui l'époque de référence de ces pro-islamistes aveugles qui préfèrent la machine à voyager vers le passé plutôt que de regarder vers l'avenir. Mais pas pour tout le monde, uniquement pour les musulmanes...

Leur moteur est la culpabilité inspirée par les accusations de "néocolonialisme" et "d'islamophobie", ce dernier étant développé pour culpabiliser les féministes et laïques afin de désamorcer toute opposition. Et ça marche. Au nom de la tolérance pour une idéologie qui ne l'est pas, ces féministes acceptent ce qu'elles n'accepteront jamais des intégristes catholiques. Pire encore, Lallab s'associe au mouvement racialiste et raciste qui dénonce la "blanchité". Le féminisme universaliste est qualifié de "féminisme blanc" dont Lallab combat les valeurs. L'universalité de l'égalité des sexes doit être combattue au nom du respect du relativisme culturel et religieux. Cette catégorisation du féminisme en fonction de la couleur de la peau stigmatisant les "Blancs", en en faisant des oppresseurs par essence, est du pur racisme. Mais le Planning Familial ne veut pas être qualifié de "féminisme blanc". Il fait aujourd'hui partie de la grande famille des racialistes.

Lallab manifeste contre l'universalisme du féminisme par un slogan raciste : "remballe ton féminisme blanc"
Lallab manifeste contre l'universalisme du féminisme par un slogan raciste : "remballe ton féminisme blanc".
Au Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002, trois États (les Etats-Unis, l'Arabie Saoudite et le Vatican) avaient bloqué par un veto l'adoption d'une résolution concernant le Planning Familial, en opposant à l'universalité des droits de l'Homme le droit particulier des traditions nationales et religieuses. Aujourd'hui, ce même Planning Familial soutient une association qui oppose aux Droits Humains universels, le droit particulier de la culture et de la religion. Asma Lamrabet, que Lallab considère comme une de ses "plus grandes sources d'inspirations" et en fait souvent l'éloge, l'illustre très bien. Sur le thème cher au Planning Familial, elle considère que le droit à l'avortement ne constitue pas pour nous une priorité d'autant  plus que l'islam offre des latitudes et une grande flexibilité par rapport à cela (1). Comment pourrait-il en être autrement quand la religion est le vecteur de ce "féminisme" ?

"C’est pour une société plus juste, fondée sur l’égalité entre les femmes et les hommes, la mixité et la laïcité que Le Planning Familial inscrit son action." Le mouvement trahit chaque jour un peu plus son idéal. Comment prétendre défendre la laïcité, éduquer à la sexualité et l'égalité des sexes, apprendre aux filles à écouter leurs corps et leurs besoins, quand il défend à présent une association faisant de la religion un outil politique pour militer en faveur d'un vêtement, le voile, symbole de l'inégalité femme/homme, stigmatisant la moitié de l'humanité en raison de son sexe et signifiant l'impureté et la culpabilité du corps féminin ? Que des associations féministes, dont l'action est plus axée sur l'égalité des salaires par exemple, tombe dans le relativisme, est grave. Mais que l'association de référence, qui a au cœur de son action tout ce qui touche au corps des femmes, soutienne celles et ceux qui veulent revenir au Moyen-Age sur ce thème, c'est catastrophique. D'un mouvement féministe promouvant la liberté et l'égalité dans la sexualité entre femmes et hommes, il se transforme en défenseur des ligues de la vertu islamiste.

Cette décision est lourde car elle aura des conséquences sur les femmes qui refusent de porter le voile au nom de la "pudeur". Pour toutes ces femmes, en France et ailleurs, que le Planning Familial a décidé d'abandonner à leur sort, ce mouvement devra un jour rendre des comptes.

Mona Eltahawy, féministe égyptienne
Mona Eltahawy, féministe égyptienne
J'avais une passion viscérale pour ce mouvement. J'ai une admiration sans borne pour son histoire et son combat. Il fait partie de ma construction féministe personnelle. Mais j'ai dû me résoudre à ne pas renouveler mon adhésion il y a quelques années, justement à cause de cette dérive pro-islamiste aveugle.

Je fais rarement part de mes émotions, mais en découvrant ce tweet hier soir, j'ai eu les larmes aux yeux avec la sensation qu'un immeuble s'était effondré sur moi. Car ma déception est à la hauteur de ce qui fut mon admiration.

(1) Asma Lamrabet : « L'islam ne peut en aucun cas constituer une entrave à la modernité »



Pour en savoir plus sur les raisons sexistes et politiques du voilement islamiste défendu par Lallab :

Youssef Al-Qaradhawi, le voile et les femmes : un théologien "modéré" ?

Le sacrifice d'une finale pour des cheveux : l'intransigeance "religieuse" plutôt que le compromis républicain

La nudité pour un yaourt ou le voile pour la "pudeur" : la femme selon le CCIF


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